← Le Lab
Phytothérapie12 min de lecture2026-03-08

Sureau noir (Sambucus nigra) : antiviral documenté, baies et fleurs, sirop maison — ce que les études disent et comment l'utiliser sans risque

Sureau noir : inhibition hémagglutinine virale (Roschek 2009), -4 jours grippe (Zakay-Rones 2004), -2 jours rhume (Tiralongo 2016). Sambunigrine toxique crue — cuisson obligatoire. Protocole sirop maison complet.

SOMMAIRE
Ce que la faculté n'enseigne pas — les antiviraux naturels et le vide pharmaceutiqueSambucus nigra — l'identifier avec certitude, ne pas la confondreLes critères d'identification du sureau noirLa confusion dangereuse à éviter absolument : le sureau hièbleLa biochimie du sureau — comment les anthocyanes bloquent les virus à leur entréeL'hémagglutinine — le verrou que les virus utilisent pour entrer dans vos cellulesComment les flavonoïdes du sureau s'y opposentL'effet immunostimulant secondaireCe que les études disent vraiment — les ECR sérieux sur grippe et rhumeL'étude fondatrice — une épidémie de grippe B en Israël (1995)L'ECR de référence — grippe A et B (2004)Le rhume du voyageur — ECR 2016La méta-analyse 2019La sambunigrine — le sujet que personne n'aborde franchementCe que les traditions savaient — de l'Europe médiévale aux BalkansCe que vous pouvez faire — sirop, teinture mère, tisane de fleurs : protocoles completsProtocole 1 — Le sirop de baies de sureau (la préparation antivirale principale)Protocole 2 — La tisane de fleurs séchéesProtocole 3 — La teinture mère de baiesLes limites honnêtes — tempête cytokinique, contre-indications, ce que le sureau ne fait pasSources citées

En 2004, un essai clinique randomisé en double aveugle a montré que le sirop de sureau réduisait la durée de la grippe de 4 jours. En 2016, un ECR sur le rhume du voyageur : -2 jours, -32% de sévérité. Le sureau pousse dans votre arrière-pays. Ses baies crues peuvent vous envoyer aux urgences. Son sirop cuit correctement est l'un des antiviraux naturels les mieux documentés qui existent.

Il faut commencer par un constat qui dérange les partisans et les sceptiques de la phytothérapie en même temps.

Pour les sceptiques : la recherche sur le sureau noir existe, elle est rigoureuse, et ses résultats sont reproductibles. Deux essais cliniques randomisés en double aveugle, une méta-analyse de quatre ECR publiée en 2019 dans Complementary Therapies in Medicine la structure de preuve du sureau est solide pour une plante médicinale.

Pour les partisans enthousiastes : le sureau ne guérit pas la grippe. Il réduit sa durée. Ces quatre jours de différence signifient moins de souffrance, moins d'arrêts de travail, moins de complications potentielles c'est cliniquement pertinent. Mais c'est différent d'un antiviral qui élimine le virus. Comprendre cette nuance est ce qui permet d'utiliser le sureau correctement, au bon moment, avec des attentes réalistes.

Et il faut nommer clairement la précaution que tous les articles "bien-être" sur le sureau minimisent ou oublient : ses baies noires sont toxiques crues. La sambunigrine qu'elles contiennent se dégrade en acide cyanhydrique dans l'organisme. Les intoxications au sureau cru existent et sont documentées par les centres antipoison. La cuisson détruit intégralement la sambunigrine c'est la différence entre un poison de jardin et un antiviral de pharmacie végétale. C'est aussi la raison pour laquelle l'identification correcte de la plante, et la maîtrise de sa préparation, ne sont pas optionnelles.


Ce que la faculté n'enseigne pas les antiviraux naturels et le vide pharmaceutique

La médecine moderne est excellente sur les bactéries. Les antibiotiques ont révolutionné la survie humaine face aux infections bactériennes graves. Sur les virus, le bilan est plus modeste.

Contre les infections virales courantes rhinovirus (rhume commun), virus de la grippe saisonnière, coronavirus non-SRAS le médecin dispose d'un arsenal limité. Pour le rhume : aucun antiviral spécifique disponible en médecine courante. Pour la grippe saisonnière : l'oseltamivir (Tamiflu) réduit la durée de la maladie de 16 à 21 heures en moyenne dans les méta-analyses Cochrane les plus récentes à condition d'être pris dans les 48 premières heures, et avec des effets indésirables digestifs non négligeables.

Ce vide thérapeutique n'est pas un complot : c'est une réalité pharmacologique. Les virus mutent rapidement, vivent à l'intérieur de vos propres cellules (difficile de les cibler sans toucher la cellule hôte), et présentent une diversité génétique qui complique le développement de molécules à large spectre. La vaccination reste l'outil le plus efficace contre les virus spécifiques pour lesquels elle existe mais elle ne couvre pas les centaines de virus responsables d'infections respiratoires communes.

C'est dans ce contexte que les données sur le sureau noir méritent d'être prises au sérieux. Non pas comme une alternative à la vaccination ou aux traitements médicaux en cas d'infection grave mais comme un outil de pharmacie végétale pour les infections virales respiratoires légères à modérées, là où la médecine conventionnelle n'a objectivement pas grand-chose à proposer.


Sambucus nigra l'identifier avec certitude, ne pas la confondre

Avant tout protocole et toute recette, l'identification correcte. C'est le préalable absolu et c'est précisément ce que la formation "Les Plantes qui Soignent" enseigne en sortie terrain.

Les critères d'identification du sureau noir

Sambucus nigra (sureau noir) est un grand arbuste ou petit arbre pouvant atteindre 6 à 8 mètres, à croissance rapide. On le trouve dans les Alpes-Maritimes en lisière de forêts, bords de chemins, haies, ripisylves (bords de ruisseaux et rivières), terrains perturbés riches en azote. Présent de 0 à 1 200 mètres d'altitude environ.

Critère 1 — La tige : creuse (fistuleuse), avec une moelle blanche bien visible quand on la coupe transversalement. C'est le critère le plus fiable à toute saison. La moelle blanche cotonneuse est caractéristique et quasi infalsifiable.

Critère 2 — Les feuilles : opposées, pennées (composées de 5 à 7 folioles oblongues à ovales, bordées de dents fines), caduques. Odeur désagréable quand on les froisse ce n'est pas une plante aromatique.

Critère 3 — Les fleurs (mai-juin) : ombelles plates (techniquement des corymbes composés) de petites fleurs blanc crème à cinq pétales, très parfumées, odeur douce musquée caractéristique. Diamètre des ombelles : 10 à 20 cm.

Critère 4 — Les fruits (août-octobre) : petites baies sphériques de 5 à 6 mm, noir brillant à maturité, disposées en corymbes retombants sous leur propre poids. Chair rouge-violacée, jus tachant fortement les mains et les vêtements.

La confusion dangereuse à éviter absolument : le sureau hièble

Sambucus ebulus (sureau hièble, yèble) est la confusion classique et potentiellement grave. Voici comment les distinguer :

Le sureau hièble est une plante herbacée (non ligneuse), qui meurt jusqu'à la base chaque hiver et repousse chaque printemps il n'est jamais un arbuste ou un arbre. Il atteint 1 à 1,5 m maximum. Sa tige est verte et molle, non ligneuse. Ses fleurs sont roses à l'extérieur, blanches à l'intérieur (vs entièrement blanc crème chez le sureau noir). Ses fruits sont noirs mais dressés vers le haut (les corymbes de sureau noir retombent sous le poids des fruits). Son odeur est fétide et désagréable.

La règle simple : si la plante devant vous est ligneuse (tige brune, écorce liégeuse), a une moelle blanche, et que ses fruits retombent vers le bas c'est du sureau noir. Si c'est une plante herbacée verte avec des fruits qui pointent vers le haut c'est du sureau hièble. Dans le doute : on ne touche pas.

Une autre confusion possible dans certaines régions : la ronce (Rubus fruticosus) pour ses baies noires mais ses feuilles composées épineuses et ses tiges armées d'aiguillons la rendent immédiatement différenciable. Aucun risque réel de confusion pour quelqu'un qui observe correctement.


La biochimie du sureau comment les anthocyanes bloquent les virus à leur entrée

Le mécanisme antiviral du sureau est l'un des plus précisément documentés en phytothérapie. Il ne s'agit pas d'une vague "stimulation des défenses immunitaires" c'est une action ciblée sur une protéine virale spécifique.

L'hémagglutinine le verrou que les virus utilisent pour entrer dans vos cellules

Les virus de la grippe (et une partie des autres virus respiratoires) utilisent une glycoprotéine de surface appelée hémagglutinine pour se fixer sur les récepteurs acide sialique des cellules de votre épithélium respiratoire. Cette fixation est la première étape de l'infection sans elle, le virus reste en suspension dans les sécrétions respiratoires et ne peut pas pénétrer dans vos cellules pour se répliquer.

L'oseltamivir (Tamiflu) agit différemment : il inhibe la neuraminidase virale, une autre protéine de surface qui permet au virus de se libérer des cellules après réplication (pour aller infecter de nouvelles cellules). Tamiflu agit donc en aval de l'entrée virale il réduit la propagation mais ne bloque pas l'infection initiale.

Comment les flavonoïdes du sureau s'y opposent

Roschek et al. (2009), Phytochemistry [S4] ont identifié les principes actifs antiviraux du sureau et leur mécanisme précis. Les deux anthocyanes les plus actifs sont le cyanidin-3-glucoside et le cyanidin-3-sambubioside des pigments flavonoïdes qui donnent aux baies leur couleur noire intense.

Ces molécules se fixent directement sur les protéines H et N de surface du virus H1N1, incluant l'hémagglutinine. En se liant à l'hémagglutinine, elles la neutralisent physiquement le virus ne peut plus s'accrocher à vos cellules. Il reste bloqué hors de vos cellules, exposé à votre système immunitaire qui peut le dégrader normalement.

C'est une action en amont de l'infection ce qui explique pourquoi le sureau est plus efficace en prévention et en début d'infection qu'à stade avancé. Une fois que le virus est déjà en réplication intracellulaire massive, bloquer l'entrée de nouveaux virions n'a plus le même impact.

L'effet immunostimulant secondaire

En parallèle de cet effet antiviral direct, les extraits de sureau stimulent la production de cytokines pro-immunitaires par les monocytes et macrophages : IL-6, IL-8, TNF-α, IL-12 (Barak et al., 2001 [S7] ; Torabian et al., 2019 [S6]).

Cet effet immunostimulant est bénéfique pour les sujets en bonne santé face à une infection virale courante. Il mérite une mise en garde importante pour certaines populations que nous détaillerons dans la section "Limites honnêtes".


Ce que les études disent vraiment les ECR sérieux sur grippe et rhume

L'étude fondatrice une épidémie de grippe B en Israël (1995)

Zakay-Rones et al. (1995), Journal of Alternative and Complementary Medicine [S1] : première étude clinique sur le sureau, menée lors d'une épidémie de grippe B en Israël en hiver 1992-1993. Protocole : extrait Sambucol (standardisé en flavonoïdes) vs placebo, 27 patients, grippe confirmée.

Résultat : 93,3% des patients du groupe sureau présentaient une amélioration significative à J3 vs 91,7% à J6 dans le groupe placebo. La durée moyenne de la maladie était de 3,1 jours dans le groupe sureau vs 7,1 jours dans le groupe placebo. Différence de 4 jours statistiquement significative.

L'ECR de référence grippe A et B (2004)

Zakay-Rones et al. (2004), Journal of International Medical Research [S2] : l'étude la plus citée. ECR randomisé double aveugle, placebo-contrôlé, 60 patients adultes, grippe confirmée (A ou B) par test rapide, Norvège.

Protocole : Sambucol 4 × 15 mL/j vs sirop placebo identique en aspect et goût, pendant 5 jours. Résultat principal : durée de la maladie 4,0 ± 1,9 jours groupe sureau vs 8,0 ± 3,1 jours groupe placebo. Différence de 4 jours, statistiquement significative (p < 0,001). Score de sévérité des symptômes également inférieur dans le groupe sureau. Effets indésirables : aucune différence significative entre les groupes.

Ce que cette étude dit : sur une grippe confirmée biologically, le sirop de sureau standardisé divise approximativement par deux la durée de la maladie par rapport au placebo.

Ce qu'elle ne dit pas : l'extrait utilisé (Sambucol) est standardisé à une teneur précise en flavonoïdes. Un sirop maison non standardisé peut varier selon la qualité des baies, la durée de cuisson, la concentration. Les résultats cliniques peuvent donc varier avec les préparations maison mais les mécanismes sont les mêmes.

Le rhume du voyageur ECR 2016

Tiralongo et al. (2016), Nutrients [S3] : ECR randomisé double aveugle sur 312 voyageurs aériens (vols long-courriers, facteur de risque élevé d'infections respiratoires en cabine pressurisée). Protocole : extrait de sureau noir 600 mg/j (sous forme de capsules standardisées) vs placebo, pris 10 jours avant le départ et jusqu'à 5 jours après l'arrivée.

Résultat : durée du rhume 5,0 jours groupe sureau vs 7,0 jours groupe placebo (-2 jours). Score de sévérité des symptômes : -32% dans le groupe sureau. Différence statistiquement significative.

Ce que cette étude ajoute : l'effet est reproductible sur un type d'infection virale différent (rhinovirus principalement), par un groupe de recherche indépendant, sur un effectif plus large.

La méta-analyse 2019

Hawkins et al. (2019), Complementary Therapies in Medicine [S5] : méta-analyse de 4 ECR contrôlés randomisés sur les infections respiratoires hautes. Conclusion : le sureau noir réduit significativement la durée (en moyenne -2,27 jours, IC 95% : -2,98 à -1,55) et la sévérité des symptômes respiratoires. Qualité des preuves : modérée selon les critères GRADE. Recommandation : peut être utilisé comme complément pour réduire la durée et la sévérité des IVAS légères à modérées.


La sambunigrine le sujet que personne n'aborde franchement

Voici le point que les recettes de sirop de sureau en ligne omettent régulièrement, ou mentionnent en bas de page dans une police de 8.

Les baies de sureau noir crues contiennent de la sambunigrine. La sambunigrine est un glycoside cyanogénique une molécule qui libère de l'acide cyanhydrique (HCN) lors de sa dégradation dans le tube digestif, par l'action d'enzymes intestinales ou par simple hydrolyse acide.

L'acide cyanhydrique inhibe la cytochrome c oxydase une enzyme essentielle de la chaîne respiratoire mitochondriale. En termes simples : il empêche vos cellules de produire de l'énergie. À haute dose, c'est le mécanisme du cyanure.

Les concentrations de sambunigrine dans les baies de sureau noir crues ne sont pas létales aux quantités normalement ingérées mais elles sont suffisantes pour provoquer des intoxications avec nausées, vomissements, diarrhées sévères, douleurs abdominales, vertiges. Les centres antipoison français documentent régulièrement des appels pour ingestion de baies de sureau crues, notamment chez des enfants.

Les feuilles, les rameaux et les racines contiennent également des concentrations élevées de sambunigrine et d'autres glycosides cyanogéniques (sambucinigrine). Ils ne doivent pas être consommés.

La solution est simple et complète : la cuisson. La chaleur (ébullition) détruit la sambunigrine par hydrolyse thermique. Après 15 à 20 minutes d'ébullition, la teneur en sambunigrine dans les baies cuites tombe à des niveaux non détectables selon les données EFSA [S9]. Un sirop de sureau correctement préparé avec une cuisson d'au moins 15 minutes à ébullition est biologiquement sûr.

Deux conséquences pratiques absolues :

  1. Ne jamais manger les baies crues même une poignée, même "pour goûter".
  2. Ne jamais préparer de jus de sureau cru (pressage direct des baies sans cuisson) pratique parfois décrite dans des recettes en ligne qui ne connaissent pas la sambunigrine.

Les fleurs de sureau, en revanche, ne contiennent pas de sambunigrine à des niveaux préoccupants. La tisane de fleurs séchées est sûre.


Ce que les traditions savaient de l'Europe médiévale aux Balkans

Le sureau est l'une des plantes médicinales les plus anciennes et les plus universellement utilisées d'Europe. Sa présence dans les pharmacopées couvre trente siècles de documentation.

La tradition européenne médiévale : Hippocrate cite le sureau. Pline l'Ancien décrit ses usages dans l'Historia Naturalis. Hildegarde de Bingen (XIIe siècle) l'utilise pour les fièvres et les catarrhes. Les apothicaires médiévaux distinguent déjà les parties utilisées : fleurs (diaphorétiques, pour "faire transpirer la fièvre") et baies cuites (toniques immunitaires hivernaux).

Les traditions balkaniques et d'Europe centrale : la production de sirop de sureau (bazgov sirup en serbo-croate, Holunderblütensirup en allemand) est une pratique familiale codifiée depuis des siècles toujours avec les fleurs ou les baies cuites, jamais crues. Cette tradition populaire a empiriquement développé les protocoles de préparation qui sont maintenant validés par la biochimie.

L'usage des fleurs comme sudorifique : la phytothérapie traditionnelle utilise les fleurs de sureau en tisane pour "faire transpirer les fièvres légères" une indication de sudorifique (qui favorise la sudation) qui semble paradoxale mais correspond à un mécanisme physiologique réel. La sudation est un mécanisme d'élimination thermique naturel que les tisanes chaudes favorisent. Ce n'est pas une action antifébrile directe c'est un soutien du processus naturel de régulation thermique.

Ce que la convergence des traditions révèle : les populations qui utilisaient le sureau depuis des générations avaient toutes développé empiriquement la même précaution cuire les baies sans connaître la sambunigrine. La sagesse populaire de la cuisson précède de deux mille ans la biochimie qui l'explique.


Ce que vous pouvez faire sirop, teinture mère, tisane de fleurs : protocoles complets

Protocole 1 Le sirop de baies de sureau (la préparation antivirale principale)

Saison de cueillette : août à octobre, selon l'altitude et l'exposition. Les baies doivent être entièrement noires et mûres les baies encore rouges ou vertes ne doivent pas être cueillies.

Ingrédients pour 1 L de sirop :

  • 600 g de baies de sureau noir fraîches (ou 200 g de baies séchées)
  • 500 mL d'eau
  • 250 g de miel brut non chauffé (à ajouter hors du feu)
  • Optionnel : 1 bâton de cannelle, 4 clous de girofle, gingembre frais râpé

Préparation :

  1. Retirer les baies de leurs tiges avec une fourchette ne pas inclure les tiges ni les feuilles (sambunigrine concentrée).
  2. Rincer abondamment.
  3. Placer baies et eau dans une casserole, porter à ébullition.
  4. Réduire le feu et laisser mijoter à frémissement pendant 20 minutes minimum cette étape est non négociable pour la destruction de la sambunigrine. Les baies vont éclater et libérer leur jus.
  5. Laisser tiédir. Passer au travers d'une passoire fine ou d'un linge propre en pressant bien les baies pour extraire tout le jus.
  6. Laisser refroidir à moins de 40°C (tiède, pas chaud) à cette température, ajouter le miel brut. La chaleur excessive détruirait les enzymes et les propriétés antimicrobiennes du miel.
  7. Mélanger jusqu'à dissolution complète. Mettre en bouteilles ou en pots hermétiques.

Conservation :

  • Sans alcool : 3 mois au réfrigérateur.
  • Avec alcool de conservation (1 cuillère à soupe de cognac ou alcool de fruits par 250 mL) : 6 à 12 mois au réfrigérateur.
  • Congélation en bacs à glaçons : 12 mois, décongeler par portions.

Dosage :

  • En prévention (période hivernale, contact avec malades) : 1 cuillère à soupe (15 mL) 1 à 2 fois par jour.
  • En traitement d'une infection débutante : 1 cuillère à soupe 4 fois par jour pendant 5 jours maximum (dosage de l'étude Zakay-Rones 2004).
  • Enfants > 1 an : 1 cuillère à café (5 mL) 1 à 2 fois par jour. Pas pour les nourrissons < 1 an (miel déconseillé).

Protocole 2 La tisane de fleurs séchées

Les fleurs de sureau ne contiennent pas de sambunigrine problématique elles peuvent être consommées fraîches (en beignets, en citronnade de sureau) ou séchées en tisane, sans cuisson préalable obligatoire.

Cueillette : mai-juin, quand les ombelles sont pleinement épanouies mais avant que les fleurs ne commencent à tomber. Cueillir les ombelles entières le matin, par temps sec. Sécher à l'abri de la lumière et de l'humidité, sur un linge, pendant 5 à 7 jours. Conserver dans un bocal hermétique opaque durée : 1 an.

Préparation tisane : 2 cuillères à soupe de fleurs séchées dans 250 mL d'eau bouillante. Infuser 10 minutes couvert (pour conserver les huiles essentielles volatiles). Filtrer. Boire chaud éventuellement avec du miel brut ajouté une fois refroidi à moins de 40°C.

Usages documentés : sudorifique en cas de fièvre légère (prendre chaud, au lit, couvert), expectorant léger en cas de toux grasse, anti-inflammatoire des muqueuses ORL, léger diurétique.

Protocole 3 La teinture mère de baies

Pour une préparation à plus longue conservation avec les propriétés antivirales des anthocyanes :

Préparation : 200 g de baies fraîches cuites (après 20 minutes de cuisson toujours) et légèrement égouttées, dans 1 L d'alcool à 60°. Macération 21 jours en bocal hermétique, agitation quotidienne. Filtrage par pression sur les baies. Conservation 5 ans minimum à l'abri de la lumière.

Dosage : 30 gouttes dans un verre d'eau, 3 fois par jour en période d'infection.

Note importante : la teinture mère n'est pas la forme la mieux documentée cliniquement les ECR ont utilisé des extraits aqueux standardisés ou du sirop. La teinture mère reste une bonne forme de conservation longue durée, mais les données de biodisponibilité des anthocyanes dans l'alcool vs dans l'eau ne sont pas directement comparables.


Les limites honnêtes tempête cytokinique, contre-indications, ce que le sureau ne fait pas

La question de la "tempête cytokinique" — une mise en garde à contextualiser

En 2020, lors de la pandémie de COVID-19, une controverse a émergé sur le sureau : ses propriétés immunostimulatrices (augmentation de production de cytokines) pourraient-elles aggraver les formes sévères de COVID-19 qui impliquent précisément une hyperactivation du système immunitaire (tempête cytokinique) ?

Cette hypothèse est théoriquement cohérente et les études in vitro de Barak (2001) et Torabian (2019) montrent bien une augmentation d'IL-6, TNF-α et d'autres cytokines pro-inflammatoires.

Ce que les données cliniques disponibles montrent : aucun essai clinique n'a documenté d'aggravation liée au sureau dans des contextes infectieux sévères. L'étude de Zakay-Rones (2004) n'a rapporté aucun effet indésirable grave. En pratique clinique de terrain, les naturopathes et phytothérapeutes européens recommandent généralement de ne pas utiliser le sureau en phase d'infection sévère avec syndrome inflammatoire marqué par principe de précaution, pas sur la base de cas documentés.

La conclusion raisonnable : le sureau est indiqué pour les infections respiratoires légères à modérées en phase débutante. En cas d'infection grave avec fièvre élevée prolongée, syndrome inflammatoire ou complication consulter un médecin. Ce n'est plus le terrain d'action du sirop de sureau.

Contre-indications réelles :

Maladies auto-immunes actives (lupus, polyarthrite rhumatoïde en poussée, sclérose en plaques active) : l'effet immunostimulant du sureau est contre-indiqué en cas d'activation pathologique du système immunitaire. Ne pas utiliser sans avis médical dans ces contextes.

Immunosuppression médicamenteuse (greffés, patients sous corticoïdes à haute dose, sous immunosuppresseurs) : l'stimulation immunitaire est antagoniste au traitement. Contre-indication formelle.

Grossesse : données insuffisantes pour établir la sécurité à des doses thérapeutiques. Par principe de précaution, s'abstenir de sirop de sureau en traitement curatif pendant la grossesse. La tisane de fleurs à dose modérée est généralement considérée comme sûre, mais les données formelles manquent.

Enfants < 1 an : en raison de la présence de miel dans les préparations maison (risque de botulisme infantile), pas de sirop de sureau au miel avant 1 an. Des préparations sans miel sont techniquement réalisables mais non standardisées.

Ce que le sureau ne fait pas :

Il ne remplace pas la vaccination antigrippale pour les personnes à risque (> 65 ans, immunodéprimés, cardiaques, pulmonaires chroniques). Il ne traite pas une pneumonie, une grippe avec complications, ni aucune infection bactérienne. Il n'est pas un traitement de fond c'est un outil de courte durée, en prévention ou en début d'infection.

Il ne fonctionne pas si vous le prenez au milieu de l'infection quand vous êtes déjà cloué au lit depuis 4 jours son mécanisme principal (blocage de l'hémagglutinine) est le plus efficace avant et en tout début d'infection, quand la charge virale commence à s'élever.


Sources citées

[S1] Zakay-Rones Z et al. Inhibition of several strains of influenza virus in vitro and reduction of symptoms by an elderberry extract during an outbreak of influenza B Panama Journal of Alternative and Complementary Medicine, 1995, 1(4) : 361-369. [Première étude clinique en contexte épidémique réel]

[S2] Zakay-Rones Z et al. Randomized study of the efficacy and safety of oral elderberry extract in the treatment of influenza A and B virus infections Journal of International Medical Research, 2004, 32(2) : 132-140. [ECR double aveugle principal : -4 jours de grippe confirmée]

[S3] Tiralongo E, Wee SS, Lea RA Elderberry Supplementation Reduces Cold Duration and Symptoms in Air-Travellers Nutrients, 2016, 8(4) : 182. [ECR rhume voyageurs : -2 jours, -32% sévérité]

[S4] Roschek B Jr et al. Elderberry flavonoids bind to and prevent H1N1 infection in vitro Phytochemistry, 2009, 70(10) : 1255-1261. [Mécanisme antiviral précis : liaison directe à l'hémagglutinine H1N1]

[S5] Hawkins J et al. Black elderberry supplementation effectively treats upper respiratory symptoms: A meta-analysis Complementary Therapies in Medicine, 2019, 42 : 361-365. [Méta-analyse 4 ECR : réduction significative durée et sévérité]

[S6] Torabian G et al. Anti-influenza activity of elderberry (Sambucus nigra) Journal of Functional Foods, 2019, 54 : 353-360. [Mécanismes immunostimulants secondaires]

[S7] Barak V, Halperin T, Kalickman I The effect of Sambucol on the production of human cytokines European Cytokine Network, 2001, 12(2) : 290-296. [Production de cytokines pro-immunitaires ex vivo]

[S8] Vlachojannis JE, Cameron M, Chrubasik S A systematic review on the Sambuci fructus effect and efficacy profiles Phytotherapy Research, 2010, 24(1) : 1-8. [Revue systématique des preuves disponibles]

[S9] EFSA Panel on Food Additives and Flavourings Scientific Opinion on the safety of Sambucus nigra L. flowers and berries EFSA Journal, 2022, 20(5) : 7373. [Avis officiel sur la sécurité. Données toxicité sambunigrine.]

[S10] Atkinson MD, Atkinson E Sambucus nigra L. Journal of Ecology, 2002, 90(5) : 895-923. [Monographie botanique complète : écologie, distribution, ethnobotanique]


Cet article fait partie de la série "Ce qu'on ne vous dit pas" du Refuge Autonome. Il est rédigé par Édouard, naturopathe D.O., directeur pédagogique CDFPI. Les informations sont fournies à titre éducatif. Elles ne remplacent pas un avis médical. Les baies de sureau noir crues sont toxiques — les faire cuire est une précaution non négociable. En cas de doute sur l'identification de la plante, ne pas cueillir.

Formations en lien : [Les Plantes qui Soignent](https://le-refuge-autonome.fr/formations/plantes-medicinales-identifier-cueillir-preparer-phytotherapie-terrain-PACA) — [Santé Naturelle de A à Z](https://le-refuge-autonome.fr/formations/sante-naturelle-pharmacie-familiale-autonome)

Curcuma et inflammation...Myorelaxants... →
← Tous les articles