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Agriculture12 min de lecture2026-03-08

Néonicotinoïdes et abeilles : interdits en 2018, réautorisés en 2020 — ce que les médias n'ont pas dit

Les néonicotinoïdes ont été interdits en France en 2018 puis réautorisés 3 années de suite. -75% d'insectes en Europe en 27 ans. Et le miel industriel n'est plus du miel. Les chiffres.

SOMMAIRE
Le chiffre qui devrait changer votre regard — 1/12ème de cuillère à caféCe qu'on ne vous dit pas — les néonicotinoïdes et la chronologie d'une trahisonCe qu'ils sont et comment ils fonctionnentLa chronologie d'une trahison — France 1994-2024L'effondrement des colonies — les chiffres qu'on minimiseCe que les traditions du monde entier savaient sur la rucheCe que vous pouvez faire — la ruche comme pharmacie et la pollinisation comme responsabilitéPour les abeilles — 5 gestes concrets accessibles à tousPour votre santé — 3 intégrations immédiatesLes limites honnêtesSources citées

Les pesticides qui tuent les abeilles ont été interdits en France en 2018. Puis réautorisés trois années de suite. Pendant ce temps, 75% des insectes volants ont disparu d'Europe en une génération. Et le miel que vous achetez en supermarché n'est probablement plus du miel.

Commençons par un chiffre. Un seul. Pour comprendre ce dont on parle.


Le chiffre qui devrait changer votre regard 1/12ème de cuillère à café

En été, une abeille ouvrière naît, travaille, s'use et meurt en 40 à 45 jours. Sa vie se déroule en deux phases.

Les 21 premiers jours à l'intérieur de la ruche : nettoyage des cellules, nourrissage des larves, sécrétion de gelée royale, construction des rayons en cire, garde de l'entrée. Elle ne quitte pas la ruche. Elle apprend, en quelque sorte.

Les 20 à 25 jours suivants à l'extérieur : elle devient butineuse. Elle effectue 10 à 15 sorties par jour, parcourant jusqu'à 3 km à chaque vol. Elle revient chargée de nectar, de pollen, de propolis ou d'eau. Elle ne s'arrêtera plus.

Ses ailes s'usent mécaniquement. Les barbules disparaissent. Les ailes deviennent transparentes, puis se déchirent. Quand elles ne portent plus, l'abeille tombe au sol loin de la ruche. Elle ne rentre pas mourir chez elle. Elle tombe. Et c'est fini.

Ce que cette abeille a produit sur toute sa vie : environ 0,4 mL de miel soit 1/12ème de cuillère à café.

Pour mettre ce chiffre en perspective :

  • 1 cuillère à café de miel (5 mL) = le travail combiné de 12 abeilles sur leur vie entière
  • 1 pot de miel de 500g = le travail de 700 à 1 200 abeilles
  • 1 pot de miel de 500g = entre 2 et 5 millions de kilomètres de vol collectif
  • Pour récolter 1 kg de miel, les abeilles visitent entre 2 et 5 millions de fleurs

Ce n'est pas de la poésie. Ce sont des chiffres de biologie apicole. Chaque fois que vous plongez une cuillère dans un pot de miel, vous tenez l'aboutissement de millions d'heures de travail collectif, de millions de kilomètres de vol, et de 80 millions d'années d'évolution.

Voilà ce que les néonicotinoïdes détruisent.


Ce qu'on ne vous dit pas les néonicotinoïdes et la chronologie d'une trahison

Ce qu'ils sont et comment ils fonctionnent

Les néonicotinoïdes sont une famille d'insecticides systémiques dérivés de la nicotine, développés à partir des années 1990. Contrairement aux insecticides de contact classiques qui restent en surface, ils sont absorbés par la plante entière circulant dans tous ses tissus, y compris le nectar, le pollen et la guttation (les gouttes d'eau excrétées par les feuilles le matin). Une abeille qui visite une fleur traitée absorbe le poison dans sa nourriture même.

Les trois molécules principales : imidaclopride (Gaucho Bayer), clothianidine (Poncho) et thiaméthoxame (Cruiser Syngenta). Ce sont précisément ces trois molécules que l'EFSA a déclaré représenter "un risque inacceptable pour les abeilles"[4] et que l'UE a interdites en plein champ en 2018.

Le mécanisme neurologique — pourquoi les doses sublétales sont plus insidieuses que les doses létales

Les néonicotinoïdes se fixent sur les récepteurs nicotiniques à l'acétylcholine (nAChR) du système nerveux des insectes. À la dose létale, ils provoquent des convulsions et la mort rapide. C'est documenté, mais c'est la partie visible.

Ce qui l'est moins : à des doses sublétales mille fois inférieures à la dose létale ces molécules produisent des effets comportementaux qui conduisent à l'effondrement des colonies sans laisser de cadavres dans les champs. En 2012, une équipe de l'INRA d'Avignon (Henry et al.) a publié dans Science la revue scientifique la plus citée au monde une expérience fondatrice[1] : des abeilles équipées de puces RFID recevaient de l'imidaclopride à dose sublétale (1,34 ng par abeille). Résultat : réduction de 70% du taux de retour à la ruche après butinage. Les abeilles ne mouraient pas dans les champs. Elles étaient désorientées et ne retrouvaient plus le chemin de la ruche.

Ce mécanisme explique tout : l'abeille sort, butine, et ne revient plus non parce qu'elle est morte, mais parce que sa mémoire spatiale et sa mémoire olfactive sont perturbées. La colonie perd ses butineuses sans récupérer leur corps. C'est exactement la signature du Colony Collapse Disorder (CCD) syndrome d'effondrement des colonies officiellement documenté depuis 2006.

D'autres effets sublétaux documentés : altération de la mémoire olfactive (l'abeille ne reconnaît plus les fleurs cibles), immunosuppression accrue (sensibilité au parasite Varroa destructor et au champignon Nosema ceranae), perturbation de la reproduction des reines et de la fertilité des faux-bourdons, contamination du miel et de la cire qui persist dans les réserves de la ruche pendant des mois.

La chronologie d'une trahison France 1994-2024

1994 : lancement de l'imidaclopride (Gaucho, Bayer) en enrobage de semences de tournesol et maïs.

1999-2004 — "Affaire Gaucho" : des milliers d'apiculteurs signalent des hécatombes de colonies après les semis de tournesol traité. La France est le premier pays à interdire l'imidaclopride sur tournesol (1999) puis maïs (2004) contre l'avis de Bayer qui contestera ces décisions pendant des années.

2012 : publication dans Science de deux études cruciales Henry et al. pour la France, Whitehorn et al. pour le Royaume-Uni documentant les effets sublétaux sur le comportement et la reproduction. Tournant scientifique majeur.

2013 : l'EFSA publie son avis : "risque inacceptable" pour les abeilles. Moratoire partiel de l'UE sur les trois molécules pour les cultures attractives.

2016 : l'Assemblée Nationale française vote l'interdiction totale des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018.

2018 : l'UE interdit les trois molécules en plein champ. La France applique. Les apiculteurs respirent.

Septembre 2020 — le retournement : le gouvernement français accorde une dérogation d'urgence pour la betterave sucrière autorisant l'enrobage des semences à l'imidaclopride et à la clothianidine pour la saison 2021. Motif : la jaunisse de la betterave (maladie virale) avait détruit 30% de la récolte de 2020. L'UNAF (Union Nationale de l'Apiculture Française) et plusieurs associations saisissent immédiatement le Conseil d'État, qui valide la dérogation.

2021 et 2022 : deux nouvelles dérogations. Trois années consécutives d'utilisation légale après l'interdiction.

2023 : la Cour de Justice de l'Union Européenne invalide la méthode des dérogations nationales les États membres contournaient illégalement le règlement européen d'interdiction. Fin des dérogations.

2024 et au-delà : la filière sucrière pousse pour des molécules de substitution. Deux candidates inquiètent les apiculteurs : le sulfoxaflor et la flupyradifurone dont les profils toxicologiques pour les abeilles sont encore mal évalués à long terme.


L'effondrement des colonies les chiffres qu'on minimise

30 à 40% des colonies d'abeilles perdues chaque hiver en France et dans l'Union Européenne chiffre EFSA 2023. Un tiers des ruches disparaît chaque année. Les apiculteurs en reconstituent une partie. Le stock total diminue.

Mais le chiffre qui devrait vraiment arrêter est celui de l'étude Krefeld[2] la plus longue étude jamais réalisée sur la biomasse des insectes volants : 27 ans de mesures (1989-2016) dans 63 sites protégés d'Allemagne. Résultat : réduction de 76% de la biomasse totale des insectes volants. Pas une espèce. Pas une région. 76% de tous les insectes qui volent, dans des zones naturelles protégées, en une génération.

Une méta-analyse publiée en 2019 dans Biological Conservation (Sánchez-Bayo & Wyckhuys, 73 études mondiales)[3] confirme : 41% des espèces d'insectes sont en déclin, 33% menacées d'extinction. Taux d'extinction 8 fois supérieur à celui des mammifères, reptiles et oiseaux. La cause principale identifiée : les pesticides, avant même la perte d'habitat.

Pourquoi ça nous concerne directement : les insectes pollinisateurs abeilles domestiques, abeilles sauvages (900 espèces en France), bourdons, papillons, syrphes assurent la pollinisation de 87 des 115 principales cultures alimentaires mondiales. Amandes, pommes, cerises, fraises, courges, tomates, café, cacao, colza tous dépendent partiellement ou totalement de la pollinisation par les insectes.

La FAO estime le coût économique des services de pollinisation entre 153 et 577 milliards de dollars annuels. Comparé aux 3 à 4 milliards de chiffre d'affaires annuel des néonicotinoïdes, le calcul économique est aberrant. Mais les 4 milliards s'inscrivent dans des bilans trimestriels d'entreprises cotées. Les 577 milliards sont une externalité que personne ne comptabilise dans aucun bilan.


Ce que les traditions du monde entier savaient sur la ruche

La ruche comme pharmacie — ce que vous ne saviez probablement pas

Avant de parler de ce que font les abeilles, regardons ce qu'elles produisent. Car la ruche n'est pas seulement une usine à miel. C'est une pharmacie complète dont trois produits méritent une attention particulière.

Le miel brut et pourquoi celui en grande surface n'en est plus

Le miel brut non pasteurisé contient plus de 200 molécules identifiées[5] : 38% de fructose, 31% de glucose, 17% d'eau, des acides organiques (gluconique, citrique, malique responsables du pH acide de 3,2 à 4,5), des enzymes actives (la glucose oxydase qui produit en continu du peroxyde d'hydrogène HO antibactérien), 18 acides aminés dont les 8 essentiels, des vitamines (B1, B2, B3, B5, B6, B9, C), des polyphénols (quercétine, kaempférol, lutéoline antioxydants, anti-inflammatoires, antiviraux), des traces de propolis, et la Bee Defensin-1 un peptide antimicrobien spécifique aux abeilles, sans équivalent synthétique connu.

Cette Bee Defensin-1 est en partie responsable de la propriété la plus extraordinaire du miel brut : il ne se périme jamais. Du miel trouvé dans une tombe géorgienne datant de 5 500 av. J.-C. était encore conservé. Du miel découvert dans la tombe de Toutankhamon 3 000 ans d'âge était encore comestible selon les rapports de fouilles de 1922. Un pot de miel brut hermétiquement fermé peut être consommé dans 10 000 ans sans aucun danger.

Le miel industriel vendu en supermarché a été chauffé à 70-80°C : toutes les enzymes sont détruites, la défensine-1 inactivée, les polyphénols partiellement dégradés. Il a été ultrafiltré : le pollen marqueur d'origine géographique et botanique, permettant de vérifier la provenance a été retiré. Ce qui reste : essentiellement fructose, glucose et eau. Du sucre liquide aromatisé. Ce ne sont pas deux qualités du même produit. Ce sont deux produits différents qui portent le même nom.

La propolis le scellant antibiotique de la ruche

La propolis est une substance résineuse élaborée à partir de bourgeons d'arbres (peuplier, bouleau, pin) mélangés à de la cire. Les abeilles en colmatent tous les interstices de la ruche, momifient les intrus trop grands pour être évacués, et maintiennent un environnement stérile dans un espace confiné à 35°C conditions normalement idéales pour la prolifération microbienne.

Sa composition[6] : flavonoïdes (pinocembrine, galangine, chrysine à des taux 10 à 100 fois supérieurs à ceux du miel), acide caféique phénéthylique estérifié (CAPE le composé le plus étudié, inhibition de la COX-2 comparable à l'ibuprofène in vitro), terpènes, résines.

Plus de 3 000 études publiées documentent ses propriétés : antibactérien large spectre dont le SARM, antifongique contre Candida albicans, antiviral (HSV), anti-inflammatoire (inhibition COX-2), immunostimulant, et induction d'apoptose sur des lignées tumorales in vitro. La teinture-mère de propolis en usage pratique : 20 à 40 gouttes dans de l'eau ou du miel, 3 fois par jour en curatif.

La gelée royale l'épigenèse alimentaire la plus spectaculaire du monde vivant

Une larve d'ouvrière et une larve de reine ont exactement le même ADN. Ce qui les différencie entièrement taille double, durée de vie de 3 à 5 ans vs 6 semaines, fertilité totale vs stérilité, comportement c'est exclusivement leur alimentation : gelée royale pour la reine, miel et pollen pour les ouvrières.

La gelée royale contient la 10-HDA (acide 10-hydroxy-2-décénoïque) une molécule exclusive à la gelée royale, sans analogue synthétique connu, qui active la voie de signalisation EGFR déclenchant la différenciation royale[7]. Des études sur modèles animaux Alzheimer documentent une stimulation de la neurogenèse. Usage pratique : 1 cuillère à café de gelée royale fraîche ou lyophilisée, le matin à jeun.

Le pollen l'aliment le plus complet de la nature

Le pollen récolté contient les 22 acides aminés essentiels et non-essentiels, tous les minéraux et oligo-éléments, toutes les vitamines (A, B complexe complet, C, D, E, K), des enzymes, des acides gras essentiels oméga-3 et oméga-6 en ratio équilibré, des flavonoïdes et caroténoïdes. Des études cliniques documentent ses effets sur la fatigue chronique, l'anémie, et la réduction des symptômes de ménopause. Usage : 1 cuillère à café de pollen frais congelé le matin.

Cinq millénaires de traditions unanimes

Aucune autre créature n'est aussi présente dans les mythologies, religions et traditions médicinales de toutes les civilisations sans exception. L'Égypte ancienne faisait du miel l'offrande divine par excellence. La sourate An-Nahl (Les Abeilles) dans le Coran décrit l'abeille comme inspirée directement par Dieu : "Il en sort une boisson de diverses couleurs qui est une guérison pour les hommes". En médecine traditionnelle chinoise, le miel (Feng Mi) est classé aliment-médicament de première catégorie : "tonifie le Qi de la Rate et de l'Estomac, nourrit le Yin, lubrifie le Poumon, apaise la douleur, détoxifie".

La pharmacopée apicole coréenne (Dong Eui Bo Gam, 1613) distingue soigneusement les miels selon leur origine florale chaque fleur transmettant ses propriétés spécifiques au miel. Cette classification ancienne est aujourd'hui validée par la phytochimie moderne : les polyphénols des fleurs se retrouvent effectivement dans le miel qui en est issu.

Ces traditions n'ont pas été construites par hasard sur le même animal. Elles reflètent des millénaires d'observation empirique d'une créature dont le travail, l'organisation sociale et les productions sont fondamentalement liées à la vie, à la santé et à l'abondance humaine.


Ce que vous pouvez faire la ruche comme pharmacie et la pollinisation comme responsabilité

Pour les abeilles 5 gestes concrets accessibles à tous

1. Planter mellifère même sur un balcon de 2 m². Lavande, thym, sauge, romarin (floraison longue, floraison tardive), bourrache (mellifère exceptionnelle, ressème seule chaque année), phacélie (fleur violette, l'une des meilleures mellifères disponibles), trèfle blanc (crucial pour les abeilles sauvages), lierre (l'une des seules fleurs en octobre-novembre vital en fin de saison). En hiver, laisser le lierre fleurir.

2. Zéro pesticide pas même le soufre pendant la floraison, pas même les pyrèthres "naturels" (mortels pour les insectes). Aucune dose sublétale de quoi que ce soit ne devrait toucher une abeille dans votre jardin ou balcon.

3. Laisser de l'eau accessible un récipient peu profond avec des cailloux pour que les abeilles puissent s'y poser sans se noyer. En été, une colonie consomme autant d'eau que de nectar. C'est souvent le facteur limitant en ville.

4. Ne pas arracher les "mauvaises herbes" florales pissenlit (premières fleurs de l'année, vitales en mars-avril), lierre, trèfle, véronique. Ce sont souvent les premières et dernières ressources florales de l'année pour les pollinisateurs.

5. Soutenir les apiculteurs locaux acheter du miel brut local, en circuit court ou directement à l'apiculteur. Un pot de miel brut local acheté directement maintient une colonie dans votre territoire. Le miel industriel importé à bas prix n'a ni les propriétés du vrai miel, ni les externalités positives locales.

Pour votre santé 3 intégrations immédiates

Remplacer tout sucre raffiné par du miel brut local dans les préparations froides (tisanes, yaourts, vinaigrettes). Ne jamais chauffer le miel au-dessus de 40°C. Compter 10 à 15 euros pour 500g de miel brut de qualité chez un apiculteur ou en biocoop contre 3 euros pour du sucre liquide pasteurisé pasteurisé en grande surface.

Intégrer le pollen frais congelé 1 cuillère à café le matin, à faire fondre dans la bouche ou mélangé à un yaourt. Commencer par une demi-cuillère pour tester la tolérance (réaction allergique rare mais possible chez les personnes allergiques aux pollens).

Cure de propolis en automne et hiver teinture-mère 20-40 gouttes dans de l'eau ou du miel, matin à jeun, 3 semaines consécutives. Le protocole le plus documenté pour soutenir l'immunité hivernale sans accoutumance ni résistance possible.

Note honnête sur le miel et le diabète : le miel brut présente un index glycémique inférieur au sucre blanc (50-60 vs 65-70 pour le saccharose) notamment le miel d'acacia (35-40). Ses polyphénols inhibent partiellement les enzymes intestinales d'absorption des sucres. Il est préférable au sucre blanc pour les diabétiques de type 2 bien équilibrés en quantité modérée (1-2 cuillères à café par jour). Il n'est pas pour autant sans effet sur la glycémie 75 à 80% de sucres totaux. Un diabétique insulino-dépendant doit le comptabiliser comme tout glucide.


Les limites honnêtes

Ce qui est bien établi : les effets sublétaux des néonicotinoïdes sur le comportement des abeilles sont documentés dans des études publiées dans Science le niveau de preuve le plus élevé disponible. Le déclin des insectes volants (-76% en 27 ans) est mesuré sur le terrain, pas modélisé. La différence entre miel brut et miel pasteurisé est biochimique, mesurable, et non contestée.

Ce qui mérite nuance : le CCD a probablement des causes multifactorielles Varroa destructor, Nosema ceranae, perte d'habitat, réduction de la diversité florale, changement climatique contribuent tous à l'affaiblissement des colonies. Les néonicotinoïdes sont le facteur principal identifié, mais pas le seul.

Ce qui doit être dit : la filière betteravière française représente 45 000 exploitations et des dizaines de milliers d'emplois. La jaunisse qui a justifié les dérogations était réelle et économiquement dévastatrice. Le problème est structurel : une agriculture intensive dépendante d'un insecticide n'a pas d'alternative agronomique immédiate. La solution passe par la transition agricole qui prend du temps et des ressources que les agriculteurs n'ont pas seuls.

Ce que cet article ne dit pas : que la solution est simple. Elle est systémique. Elle concerne les politiques agricoles, les subventions, les pratiques agronomiques, la recherche variétale résistante aux pucerons vecteurs. Mais elle commence par ne plus prétendre que réautoriser trois années consécutives un pesticide interdit est un acte anodin.

Une abeille usera ses ailes jusqu'à la mort pour produire 1/12ème de cuillère à café de miel. Les néonicotinoïdes lui volent même ça en la désorientant avant qu'elle retrouve la ruche.


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Sources citées

[1]: Henry M, Béguin M, Requier F et al. A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees. Science. 2012;336(6079):348-350. DOI: 10.1126/science.1215039. INRA Avignon. Abeilles RFID. Imidaclopride 1,34 ng/abeille. -70% taux de retour à la ruche. Démontre expérimentalement le mécanisme subléthal du CCD. Étude déterminante pour l'avis EFSA 2013.

[2]: Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E et al. More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS One. 2017;12(10):e0185809. DOI: 10.1371/journal.pone.0185809. Étude Krefeld. 63 sites, 1989-2016. -76% biomasse insectes volants en zone protégée. Cause principale : pesticides agricoles périphériques. Étude de terrain la plus citée sur l'effondrement des insectes.

[3]: Sánchez-Bayo F, Wyckhuys KAG. Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers. Biological Conservation. 2019;232:8-27. DOI: 10.1016/j.biocon.2019.01.020. 73 études mondiales. 41% espèces en déclin, 33% menacées extinction. Taux extinction insectes 8x supérieur aux vertébrés. Cause principale : pesticides avant perte d'habitat.

[4]: EFSA. Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment for bees — imidacloprid/clothianidin/thiamethoxam. EFSA Journal. 2013;11(1):3066. DOI: 10.2903/j.efsa.2013.3066. "Risque inacceptable" pour les abeilles pour la majorité des usages. Fondement scientifique de l'interdiction UE 2018. Mécanismes : neurotoxicité sublétale navigation, mémoire, reproduction, immunité.

[5]: Molan PC. The antibacterial activity of honey. Bee World. 1992;73(1):5-28. DOI: 10.1080/0005772X.1992.11099109. Mécanismes antibactériens du miel brut : pH 3,2-4,5, osmolarité élevée, HO par glucose oxydase, Bee Defensin-1 (Kwakman et al., FASEB Journal 2010). Propriété d'impérissabilité biochimiquement expliquée.

[6]: Marcucci MC. Propolis: chemical composition, biological properties and therapeutic activity. Apidologie. 1995;26(2):83-99. DOI: 10.1051/apido:19950106. Composition propolis : 300+ composés. Flavonoïdes 10-100x supérieurs au miel. CAPE : inhibition COX-2 comparable ibuprofène in vitro. >3 000 études publiées. Antibactérien SARM, antifongique Candida, antiviral HSV, apoptose tumorale in vitro.

[7]: Fratini F, Cilia G, Mancini S, Felicioli A. Royal jelly: An ancient remedy with remarkable antibacterial properties. Microbiological Research. 2016;192:130-141. DOI: 10.1016/j.micres.2016.01.008. 10-HDA : molécule exclusive gelée royale. Royalactine : différenciation reine/ouvrière via EGFR (même ADN, phénotypes radicalement différents par l'alimentation seule). Neuroprotection, immunomodulation documentés.

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QUESTIONS FRÉQUENTES
Comment les néonicotinoïdes tuent-ils les abeilles sans les tuer directement ?
Les néonicotinoïdes agissent sur les récepteurs nicotiniques à l'acétylcholine du système nerveux des insectes. À doses sublétales — mille fois inférieures à la dose létale — ils provoquent une désorientation spatiale qui empêche les abeilles de retrouver le chemin de la ruche, une altération de la mémoire olfactive (elles ne reconnaissent plus les fleurs cibles), une réduction de 70% de l'activité de butinage, et une immunosuppression qui augmente leur sensibilité aux parasites. L'abeille ne meurt pas immédiatement : elle est désorientée, tombe au sol loin de la ruche, et la colonie s'effondre progressivement par perte de ses butineuses.
Quelles plantes planter pour aider les abeilles ?
Pour les jardins et balcons, les plantes mellifères les plus utiles sont : lavande, thym, sauge, romarin (floraison printanière-estivale longue), bourrache (une des meilleures plantes mellifères, ressème seule), phacélie (fleur violette, mellifère exceptionnelle), trèfle blanc (pâturage abeilles sauvages), coquelicot et bleuet (apoïdes sauvages), lierre (floraison automnale tardive, cruciale après la fin de l'été). Le pissenlit est l'une des premières fleurs de l'année — ne pas l'arracher. En ville, même un balcon avec 4 pots de lavande, thym et bourrache est utile.
SOURCES (7)
A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees
Henry M, Béguin M, Requier F, Rollin O, Odoux JF, Aupinel P, Aptel J, Tchamitchian S, Decourtye A · Science (2012) · DOI: 10.1126/science.1215039
More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas
Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, Schwan H et al. · PLOS One (2017) · DOI: 10.1371/journal.pone.0185809
Worldwide decline of the entomofauna: A review of its drivers
Sánchez-Bayo F, Wyckhuys KAG · Biological Conservation (2019) · DOI: 10.1016/j.biocon.2019.01.020
Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment for bees for the active substance imidacloprid / clothianidin / thiamethoxam
EFSA (European Food Safety Authority) (2013)
The antibacterial activity of honey
Molan PC · Bee World (1992) · DOI: 10.1080/0005772X.1992.11099109
Propolis: chemical composition, biological properties and therapeutic activity
Marcucci MC · Apidologie (1995) · DOI: 10.1051/apido:19950106
Royal jelly: An ancient remedy with remarkable antibacterial properties
Fratini F, Cilia G, Mancini S, Felicioli A · Microbiological Research (2016) · DOI: 10.1016/j.micres.2016.01.008
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